Comme l'an passé les suffrages ont plébiscité Roger Federer, auteur d'une nouvelle saison de toute beauté.
Avec ses dons tennistiques hors du commun et des qualités humaines rares, Roger Federer a marqué l'année 2006 comme aucun autre sportif dans sa discipline.
92 victoires, 5 défaites. Qui dit mieux ?
Même Miroslava Wabrinek semble se prendre au jeu. Si discrète au début de leur relation, la compagne de Roger Federer prend plaisir à venir l’applaudir aux abords des courts qu’il a décidé d’illuminer de son génie. Nous sommes le 31 décembre 2006 et déjà, la question n’est plus de savoir si le Suisse dépassera un jour Pete Sampras au nombre de titres du Grand Chelem gagnés (9 contre 14) mais plutôt de savoir quand. Après une saison dernière époustouflante à bien des égards, le Suisse n'a pas manqué d’appétit cette année. Aujourd’hui, aucun sportif au monde ne domine autant sa discipline que lui, même son ami Tiger Woods. Il ne faut pourtant pas croire que l’Helvète n’est qu’une machine à gagner. C’est avant tout un homme de principes, de valeurs et d’émotions. Comme en témoigne son flot de larmes ininterrompues versées devant le grand Rod Laver après son sacre à Melbourne, le 7e Grand Chelem de sa jeune carrière et certainement le plus émouvant. Ce titre, couplé à celui de Doha quelques jours avant, lançait alors une saison exceptionnelle.
12 titres dont trois Grands Chelems (Open d’Australie, Wimbledon, US Open et une finale perdue à Roland Garros), record de points au classement technique (8370 contre seulement 4470 à son dauphin Rafael Nadal), record de semaines passées à la tête de l’ATP qu’il s’assurera sans même jouer en février 2007 (161) et un chiffre qui lui tient à cœur, celui de 48 succès consécutifs sur gazon ! Le Bâlois n’a plus rien à apprendre de personne, même de Tony Roche son ancien mentor, à qui il demande des conseils de manière très sporadique. Avec le recul, on pourrait même presque remercier Rafael Nadal de lui avoir chipé le titre aux Internationaux de France en juin dernier. Roland Garros en poche, qu’aurait donc encore à prouver Roger Federer ? Secrètement, tous les passionnés espèrent bien se poser la question dès le printemps prochain Porte d’Auteuil. En soulevant la Coupe des Mousquetaires, il serait déjà sûr de faire mieux que le grand Pete…
Il a dit…
Ce qui est désarmant avec Roger Federer, c’est qu’il semble être spectateur de son propre génie, donnant même l’impression de découvrir ses dons d’exception au même moment que les spectateurs. Par instants, il n’hésite jamais à avouer qu’il est sur une autre planète. Plusieurs fois dans la saison, il a ainsi fait part de sa surprise en découvrant un talent que lui-même ne soupçonnait pas. La dernière ébauche date de la Masters Cup de Shanghai où il a remporté une finale en disputant peut-être le match le plus abouti de sa carrière face à James Blake : «A un moment, j'ai même rigolé tellement je jouais bien. J'ai contrôlé le jeu tout le temps et j'ai fait à peu près tout ce que j'avais envie de faire. A ce moment de ma carrière, je suis si heureux de mon jeu, il a tellement progressé que je suis à court de mots.»
L’œil des spécialistes
Au-delà d’être un champion hors pair, Roger Federer cultive une différence singulière avec les autres grands de son époque puisque le Suisse fait l’unanimité, sur et en dehors des courts. Qui pourrait être mieux placé que ses victimes sur le circuit pour parler de lui sachant que même son plus sérieux rival, Rafael Nadal, se résout volontiers à le placer sur un piédestal ? «Pour moi, à l’heure actuelle, il est à son meilleur niveau. Il joue de manière incroyable, c’est un joueur spécial et il faut toujours être à 120% pour le vaincre». Pour l’encenser un peu plus, Ivan Ljubicic avait déclaré en 2005 : «Pour chaque joueur du circuit, c’est un privilège et un honneur d’avoir à évoluer à la même période que Monsieur Federer». Dernier joueur de l’année à avoir subi la loi du meilleur joueur du monde, James Blake résume parfaitement la situation : «Roger était trop fort. Je crois qu’il n'y a pas assez d'adjectifs pour qualifier son excellence. Roger est littéralement incroyable. Le plus fort dans tout cela, c'est qu'il joue encore mieux quand il s’agit d’une finale. Pour moi, c'est un honneur d'être un de ses collègues.»
image: Roger Federer avec le trophée de la Master Cup